La Grèce encore une fois entre deux élections décisives

20 Μάι.

Ecrit par Yiorgos Vassalos

ZERVOS_19-05-2014

cartoon by Petros Zervos

Le premier tour des élections locales et régionales du 18 mai en Grèce a constitué à nouveau un séisme politique. Il s’agit de la deuxième restructuration radicale du paysage politique après les doubles élections nationales du 2012.

La participation (61,5%) a diminué par rapport aux élections nationales de 2012, mais pas par rapport aux élections régionales de 2010 (60,9%). Beaucoup de commentateurs ont souligné le taux d’abstention élevé à la municipalité d’Athènes (51,4%) mais, la dernière fois, il avait été encore plus important (57%).

L’affaiblissement des forces gouvernementales et pro-Troïka est énorme par rapport aux dernières élections régionales, mais il est moindre comparativement aux dernières élections nationales.

Lors des dernières régionales, les candidats soutenus par la Nouvelle démocratie (droite conservatrice) et le Pasok (social-démocratie) avaient obtenus 66,4%, alors que maintenant ils arrivent à peine à 26,3%. Οn pourrait également ajouter le score de la « Gauche démocratique » (4,4%), scission droitière de Syriza qui a participé au gouvernement entre 2012 et 2013. Le Pasok – en pleine décomposition – n’a soutenu officiellement aucune liste, car cela lui ferait plus de mal que de bien.

L’Aube dorée (néonazis), qui ne s’était même pas présentée aux élections régionales en 2010, a maintenant 8,2% des voix et des élus dans tous les 13 conseils régionaux du pays (elle fait d’ailleurs 16% dans la municipalité d’Athènes). Ainsi, cette organisation criminelle néonazie – clairement soutenue par des fractions des classes dirigeantes économiques et politiques – ne cesse de progresser malgré le fait que ses militants ont déjà été condamnés pour les meurtres d’un travailleur pakistanais et d’un militant de gauche grec et qu’ils continuent à commettre systématiquement des attaques violentes.

Syriza a quadruplé son score en passant de 4,4% (2010) à 18% aujourd’hui, mais elle est largement en dessous de sa performance aux deuxièmes élections nationales de 2012 où elle avait obtenu 26,89 %. Cette différence permet aux défenseurs de la politique de la Troïka de répéter dans les médias – où ils ont pratiquement le monopole de la parole – que « on a peut-être perdu, mais vous n’avez pas gagné non plus ». Syriza ne sera présent que dans 5 régions. La Nouvelle démocratie le sera dans 12 d’entre elles. Dans les 7 régions des candidats « indépendants » ont passé au deuxième tour. Il s’agit de cadres qui ont fait leur carrière avec le Pasok ou la Nouvelle démocratie et qui ont préféré jouer aux « politiquement neutres » uniquement concernés par « les problèmes de la région ». En réalité, il s’agit de politiques soutenus par des entrepreneurs qui promettent aux citoyens appauvris des emplois, même si très mal payés.

Comme le montre la carte électorale des régions, la présence de ces « indépendants » rend difficile les conclusions politiques à tirer de ces élections. Pour y voir plus clair, il faudra attendre les élections européennes. En couleur gris, ce sont les régions où des « indépendants » sont arrivés en tête au premier tour:

resultatsEn tous les cas, le vote en leur faveur n’est pas un signe d’émancipation populaire ou de « maturité politique » comme veulent le faire croire les serviteurs politiques de la Troïka. Comme l’a fait remarquer Stathis Kouvélakis, professeur de théorie politique et membre de Syriza, les relations de représentation politique traditionnelles et systémiques sont mieux ancrées dans la société civile – dans le sens gramscien du terme – au niveau local et régional que sur la scène politique centrale – nationale. Le médecin Panos Papanikolaou, élu conseilleur communal avec Antarsya, la coalition de la gauche anticapitaliste, dans la municipalité populaire de Péristeri, a également souligné qu’« au sein des milieux populaires coexistent une tendance à s’émanciper (des partis traditionnels) qui est plutôt timide et qu’on essaye de soutenir, et une tendance à la soumission, d’achat de vote du pauvre par le riche. Cela s’est exprimé ici avec la liste du maire Pachatouridis, étiquetté « indépendant », mais soutenu par tous les patrons et les forces politiques pro-mémorandum (plans d’austérité) et d’extrême droite ».

Ici les pourcentages des partis aux régionales de 2014 en comptant aussi les indépendants aux partis desquels ils viennent.

pososta.18mai2014On a vu des cas où des équipes de football sont devenues un véhicule mieux adapté que les partis traditionnels pour fédérer les classes populaires autour d’un réseau d’entrepreneurs. C’est le cas des élections municipales à Vólos et au Pirée, où les listes avec les présidents de l’équipe de chaque ville (qui, dans le deux cas, s’appellent Olympiacos) sont arrivées en tête du scrutin. Au Pirée, le tout puissant armateur Marinàkis, président de l’Olympiacos, a été élu conseiller municipal dans une liste emmenée par l’un de ses hommes. Une alliance formée par les armateurs qui rêvent de transformer le front de mer du Pirée en une zone avec des bureaux, des hôtels et un port de plaisance, l’a soutenu contre des projets concurrents de l’entrepreneur Mélissanidis. Ce dernier est soutenu par la Nouvelle démocratie locale officielle, qui veut agrandir les raffineries avec la participation des Chinois de Cosco, qui veulent acheter une plus grande partie du port. Mis à part l’Olympiacos, un autre soutien qui a beaucoup pesé en faveur de Marinakis a été celui de l’Archevêque du Pirée, qui a distribué des bulletins de vote avec la soupe populaire de l’église et a appelé à voter pour lui lors de la messe. Il s’agit là de réseaux mafieux où se mélangent les clubs de supporteurs de foot, mais aussi des néonazis, sont impliqués dans des actes d’intimidation des adversaires politiques ou de ceux qui veulent apparaître comme neutres, et qui organise le système clientéliste.

Comme Kouvélakis l’explique également, tout cela ne peut être combattu qu’avec une organisation politique démocratique largement implantée dans la base populaire et qui interviendrait sur tous les aspects du quotidien, dans les lieux de travail et d’étude et dans les quartiers. L’absence d’un tel effort d’organisation dans la base de la part de Syriza après sa percée électorale de 2012 explique peut-être pourquoi sa croissance est plus limitée au niveau local et régional. Dans les élections syndicales, le KKE continue à avoir des forces plus importantes que Syriza et dans les élections étudiantes, les forces proches d’Antarsya, dépassent Syriza aussi.

Ainsi, si Syriza arrive en tête dans la région d’Attique, qui représente 1/3 des électeurs du pays, avec 385.500 voix, son pourcentage (23.8%) est largement inférieur au 30,61% de juin 2012. La Nouvelle démocratie n’est même pas au deuxième tour en Attique, tout comme, pour la première fois, elle ne l’est pas non plus au deuxième tour pour la municipalité d’Athènes. Celui-ci va se jouer entre le candidat de Syriza, Sakellaridis, qui a fait de loin le meilleur score de la gauche dans l’histoire, et Kaminis, le maire « centre-gauche » sortant étiquetté « indépendant ». Là, la fraction locale de Syriza est implantée et impliquée dans les luttes locales, ce qui confirme que c’est à ce niveau là que les choses se jouent.

Le Parti communiste (KKE), avec 9% des voix, se renforce par rapport aux élections nationales de juin 2012 (4,5%) et dépasse un peu son score de mai 2012 (8,5%). Il est en faible recul par rapport au régionales de 2010 où il avait obtenu 10,5%.

Antarsya, la coalition de la gauche anticapitaliste, fait le meilleur score dans l’histoire de ce qu’on appelle en Grèce la « gauche extra-parlementaire ». Avec 128.154 voix dans 12 régions, 7 élus et un pourcentage national de 2,3%, elle peut espérer franchir la limite de 3% aux européennes et faire élire un député. Ces pourcentages ont été encore plus grands dans les 30 municipalités où elle s’est présentée. La poursuite de sa croissance aux européennes jouerait un rôle de catalyseur pour avoir une gauche plus combative en Grèce.

Des tendances contraires à celle de la soumission se sont manifestées aussi dans le référendum organisé par le syndicat de la compagnie d’eau et le mouvement citoyen contre sa privatisation avec la coopération de mairies dans 11 municipalités de Thessalonique. Malgré les menaces du gouvernement d’arrêter les bénévoles qui se sont installés devant les centres électoraux officiels, 218.000 citoyens ont voté et 98% d’entre eux ont rejeté la privatisation. Il s’agit presque de la moitié des 433.142 personnes qui ont voté dans ces municipalités pour les régionales. Ce serait donc une provocation extrême de la part du gouvernement, la Troïka et de Suez que de poursuivre leurs projets.

Dans la « municipalité d’Aristote », dans le nord de la Chalcidique où se déroule la lutte des habitants contre la mine d’or à ciel ouvert de la multinationale canadienne El Dorado, le maire sortant Christos Pachtas (Pasok), très corrompu par cette entreprise, a perdu les élections dès le premier tour. Le nouveau maire, Yannis Michos, s’est clairement prononcé contre la mine. Cette victoire a été obtenue de justesse vu que la région couverte par cette municipalité est très divisée par rapport à la mine, et cela parfois de village en village. En tous les cas, le travail de l’entreprise El Dorado avec une autorité locale qui lui est opposée sera donc beaucoup plus difficile.

Les résultats électoraux des forces politiques pro-mémorandum vont être sûrement encore beaucoup plus pires aux élections européennes. Leur enjeu principal est le rapport de forces entre celles-ci et les forces de la gauche radicale. Si les premières sortent très affaiblies, il sera très difficile de ne pas organiser de nouvelles élections législatives.

Mais la manque d’une dynamique forte en faveur de Syriza montre que sa tactique de rapprochement du « centre » politique et des « classes moyennes » ne fonctionne pas. Et cela parce que dans un pays ayant deux millions chômeurs sans aucun revenu et trois millions sans assurance-maladie, il ne reste plus beaucoup ni de « centristes », ni de classes moyennes. Les gens ont besoin d’un programme alternatif cohérent sur lequel ils peuvent s’appuyer avec confiance et avec lequel se battre. Les positions plaidant pour une « renégociation de la dette » avec Merkel, pour un programme d’austérité un peu plus « humain », pour « combattre l’extrême pauvreté d’abord et l’injustice sociale plus tard », pour des partenariats public–privé, pour « faire respecter la loi aux oligarques » mais sans les exproprier, pour exclure explicitement toute idée que la Grèce pourrait exister hors de l’OTAN, de l’Euro ou de l’UE, ne peuvent pas consister un tel programme de changement de cap, mais seulement celui d’une gestion dans le cadre néolibéral actuel de la sortie de la récession qui dure depuis 7 ans.

Avec la chute du gouvernement, le résultat électoral doit signaler le début d’une restructuration rapide de la gauche radicale et d’un nouveau rassemblement autour d’un programme de rupture contre la Troïka et les oligarques et qui place les classes populaires en tête. Un tel mouvement politique pourrait inspirer toute l’Europe.

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